• Immanuel Mifsud, Orange
    Jaël Menahem prépare la soupe. Debout face au mur, le ventre contre le four ou l’évier, toujours silencieuse. Son cœur palpite. Elle craint qu’un jour une roquette n’entre par la fenêtre de la cuisine et ne finisse dans sa cocotte, dans sa soupe. Elle a le cœur qui palpite, Jaël Menahem, surtout depuis qu’ils ont pris son Juval – celui qui, il y a encore peu, lui tétait le sein, buvait son lait – et qu’ils lui ont enfilé l’uniforme et emmené là où est le feu. Jaël Menahem voudrait sortir se promener, courir, danser, ou au moins s’allonger par terre, mais elle a peur, elle a très peur. Et lorsqu’elle monte dans le bus pour aller s’occuper de sa mère, elle scrute chaque visage étrange qui la regarde. Et cette étrangeté aussi lui fait peur, et fait palpiter son cœur. Elle sait, Jaël Menahem, qu’un jour elle s’allongera, elle avalera de travers, elle ne se relèvera plus. A moins qu’une roquette n’entre par la fenêtre, et ne vienne s’allonger dans son lit à côté d’elle, là où s’allongeait autrefois son mari dont elle n’a plus de nouvelles.


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