Istanbul Tanpınar Festival

Istanbul Tanpınar Festival
Un témoignage d'Ursula Bergenthal

Istanbul est une ville à trois dimensions. Rien de surprenant là-dedans. Mais pour moi, Istanbul a été une des premières villes à afficher cette particularité, et l’idée de consulter un plan en deux dimensions ne m’est même pas venue à l’esprit. C’est endroit est composé d’une telle multitude de plans que j’avais l’impression d’avoir le choix entre de nombreuses possibilités : passer par-dessous ou par-dessus les innombrables ponts de la ville ou juste les traverser, monter ou descendre les collines, passer sur le Bosphore ou pas, sans jamais avoir peur de me perdre. En fin de compte, on se trouve au centre du monde, à cet endroit précis, marqué par un jalon.

Parfois, il faut être sur place pour comprendre ce que l’on cherche vraiment. Même si Orhan Pamuk a reçu le prix Nobel de littérature, même si la Turquie a été l’invitée d’honneur de la Foire de Francfort en 2008 ou de festivals de littérature germano-turque très populaires, comme celui de Berlin ou celui du Schleswig-Holstein, de mon point de vue, la littérature turque restait un monde à part : méritant d’être découvert – j’en avais eu des aperçus très impressionnants par moment – mais où il était difficile, pour un étranger tel que moi, de s’y retrouver. Lorsque Nermin Mollaoğlu, le fondateur de l’agence littéraire KALEM et l’initiateur du Istanbul Tanpınar Literature Festival (ITEF), m’invita à participer au « Fellowship program » du festival, je ne laissai pas passer cette occasion.

Le Istanbul Tanpınar Literature Festival a été fondé en 2009. Nermin et son équipe ont réussi très vite à faire partager leur passion pour la littérature, la dimension internationale du festival au bout de trois ans d’existence en témoigne : en effet, 54 auteurs de 13 pays différents participent aux lectures et aux discussions, parmi lesquels Mario Levi, Jean Orizet, Ipek Calışlar, Vladislav Bajac, Adam Foulds, Charles den Tex, Mircea Dinescu, Tiffany Murray, Péter Zilahy ou Timothée de Fombelle. ITEF s’est développé en coopération avec Literature Across Frontiers et est soutenu par le programme Culture de l’Union européenne. Grâce à la récente coopération mise en place avec le Hay Festival of Literature and Arts, le Copenhagen International Literature Festival et le British Council, il fait partie d’un vaste réseau d’échanges internationaux.

L’enthousiasme est contagieux. L’énergie communicative est évidente, lorsque l’on réalise le nombre de sponsors et de volontaires qui rendent l’existence d’un tel festival possible, en mettant à disposition des lieux incroyables tel le Çırağan Palace Kempinski, dominant le Bosphore, où la cérémonie d’ouverture s’est déroulée.

Les événements littéraires de ces cinq jours de festival s’adaptent de façon évidente à l’infrastructure et à l’architecture de la ville. Le thème de cette année était “Ville et Nourriture”, et effectivement, ce n’est pas seulement de discussions et de textes à valeur intellectuelle (souvent émotionnelle) dont on a pu se nourrir mais également de délices culinaires lors des différents “Festins littéraires” organisés au Restaurant Cezayir et à d’autres endroits.

Un autre but du festival est d’amener la littérature dans les écoles, en la personne d’auteurs qui rendent visite aux scolaires et discutent de leurs textes. En effet, les organisateurs sont bien conscients de la nécessité de s’adresser à la jeune génération – il ne s’agit pas seulement du futur public, mais aussi de ceux qui vont former la société dans laquelle nous aurons à vivre demain (ou plutôt dans laquelle nous souhaiterons vivre, espérons-le du moins).

Le « Fellowship program » a été inauguré cette année, il rassemble des éditeurs, des traducteurs, des auteurs et des représentants de différentes organisations culturelles qui, en fin de compte, partagent un but commun : celui de découvrir, de distribuer et, bien entendu, de  vivre et de faire vivre la littérature.

En plus de la passionnante programmation, le programme propose également la visite de certaines des maisons d’éditions turques les plus reconnues, comme YapiKredi, Metis, Everest et Timaş, ainsi que de l’Association des éditeurs turcs. Il est très intéressant de voir comment les marchés littéraires réagissent à des sujets tels que le piratage de textes (l’hologramme argenté au dos de certains livres turcs témoigne de l’importance d’une telle discussion) ou l’édition numérique, de quelles façons les maisons internationales définissent leur ligne éditoriale, commercialisent les livres et travaillent avec leurs auteurs. En outre, ils discutent le bénéfice des foires et des festivals littéraires. On en vient à questionner et à reconsidérer sa propre approche.

Même si le marché du livre est plutôt concentré à Istanbul, la scène littéraire turque dans sa globalité me semble très dynamique. Suite aux conversations que j’ai pu avoir avec des agents et des éditeurs à Istanbul, puis plus tard à la Foire de Francfort, j’ai eu l’impression que la vie littéraire est sans cesse alimentée par de nombreuses discussions constructives et souvent controversées (des discussions accessibles à tout publique d’ailleurs).

Et cette scène est tout à fait prête à partager ses trésors avec d’autres pays. Ou pour être réaliste devrions-nous peut-être dire : à offrir ses trésors au marché international. La scène littéraire turque investit dans ses ressources et s’adapte à son public. Des agences telles que KALEM préparent les manuscrits sur lesquels ils travaillent de manière très professionnelle : ils offrent des extraits de traduction en anglais ainsi que dans d’autres langues, ils fournissent des synopsis détaillés et des informations sur les auteurs, ils organisent des workshops pour traducteurs et donnent des conseils avisés pour ce qui concerne les subventions accordées à la traduction, à la promotion et à l’impression des œuvres qu’ils représentent. Avec le projet de subvention TEDA, mis en place en 2005, des éditeurs de plus de 50 pays en ont déjà bénéficié.

Et la Turquie étant l’invitée d’honneur de la London Book Fair en 2013, on peut présumer que la littérature turque sera bientôt encore davantage sous les feux de la rampe au niveau international. Si vous aviez l’intention d’ajouter des titres à votre catalogue, dépêchez-vous.

Je sais que l’on ne devrait jamais révéler les endroits secrets où l’on trouve des trésors cachés (les dates du prochain festival seront bientôt annoncées sur www.itef.com.tr). Mais après tout, éditer ne signifie pas seulement trouver de nouveaux talents, des voix hors du commun et des histoires intéressantes. Avant tout, il s’agit du désir de partager ce que l’on a découvert : avec les lecteurs, mais aussi avec les communautés littéraires et le marché du livre. Et c’est précisément ce qu’ITEF avec son « Fellowship program » se propose de faire : des discussions enrichissantes, un échange d’idées fructueux et un réseau littéraire largement étendu.

Le voyage en vaut la peine. On ne peut s’empêcher d’être à son tour contaminé par l’enthousiasme et le dynamisme de la scène littéraire turque, d’en remarquer la richesse : nombreuses traditions hétérogènes et diverses voix contemporaines. On ne peut s’empêcher de frissonner devant la beauté de cette ville multidimensionnelle qu’est Istanbul, où l’on traverse des ponts pour trouver de nouvelles étendues. On gravit des collines pour voir ce qui se cache derrière le prochain sommet. Et en compagnie des autres participants du festival, la nuit venue on contemple, assis sur le toit d’un bar-terrasse, les lumières de la ville et les bateaux qui se croisent lentement sur le Bosphore, formant un motif semblable aux stries de la peau d’un melon.

Plus d’informations aux liens suivants :

Istanbul Tanpınar Literature Festival : www.itef.com.tr

Kalem Agency : www.kalemagency.com

Istanbul Book Fair :  www.istanbulbookfair.com







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